Le blog

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 23 février 2019

Revue de presse sur la loi Blanquer

Les lois sur l'Ecole sont très rares. Chacune, 1989, 2005, 2013, a marqué profondément l'institution scolaire. Avec la loi qui vient d'être votée non seulement Jean-Michel Blanquer comme à son habitude fait l'inverse de ce qu'il dit faire (instaurant non la confiance mais la défiance), mais menace gravement l'Ecole, une des rares institutions qui jusqu'à présent tentait de compenser les inégalités.

Texte majeur ou mineur ?

«En gravant son nom sur cette quatrième loi, JM Blanquer signe un texte qui aura une portée administrative importante, marqué par un recul vers une école plus inégale. Mais un texte finalement mal rédigé, tout empli de l'autoritarisme de son rédacteur, peu pensé et à coté de la plaque par rapport aux difficultés de l'Ecole française.»

François Jarraud, Le Café pédagogique

Noir tableau

«Assemblage de mesures hétéroclites, prises sans concertation, elle frappe par son esprit autoritaire, dès son article 1 qui entend brider la liberté d’expression des enseignant-e-s, et par les régressions concrètes qu’elle porte pour les enfants de l’Ecole publique.

Cette loi ignore le défi majeur des inégalités sociales et territoriales qui traversent notre système éducatif. Pire elle les renforce, en mettant en péril les petites écoles rurales et le rôle des directeurs d’école (création des EPSF), en abondant le financement des écoles privées (+150 millions/ an) ou en créant à l’inverse de nouveaux établissements internationaux qui pourront accueillir de façon dérogatoire les enfants des milieux privilégiés. Et avec la suppression du Cnesco, le ministère remet en cause le principe même d’une évaluation indépendante des politiques éducatives.»
Génération‧s

L'Ecole de la confiance


Le billet de Nicole Ferroni 20 février 2019 © France Inter

La loi sur l'école de la confiance attise la méfiance

«Le projet de loi sur l'éducation permettra-t-il de poursuivre les enseignants qui critiquent l'institution ? » Olivier Monod, Libération

La liberté d'expression, nous devons la garder

Pétition pour le maintien de la liberté d'expression.
FSU

Anatomie d'une déception

«un texte qui relève du fourre-tout législatif et ne développe toujours aucune vision forte de l'école. Au regard des réactions qu'il suscite, on est plus proche d'une nouvelle crise de confiance que de l'avènement d'une école de la confiance. (...)

L'un des points les plus âprement discutés est l'établissement d'une sorte de devoir d'exemplarité des enseignants. Les syndicats et la gauche crient à l'embrigadement. Au vrai, on comprend surtout mal la portée et l'intention de la mesure. S'il s'agit d'une forme de réponse aux enseignants qui avaient pointé, en septembre dernier, le manque de soutien de leur hiérarchie face à des élèves et des parents violents, elle semble totalement déconnectée. (...)

Quelle déception, au regard des promesses électorales d'Emmanuel Macron qui parlait de liberté des acteurs locaux! On est bien loin d'une vraie autonomie qui aurait pour effet de responsabiliser les chefs d'établissements et les équipes pédagogiques en laissant aux enseignants la marge suffisante pour qu'ils puissent agir librement dans la gestion de leurs classes et de leurs élèves. »
Jean-Thomas Lesueur, Le Figaro

L’Ecole, terrain de jeu idéologique: ça suffit !

«une loi au nom de la signature ministérielle, répétée comme un mantra : Ecole de la Confiance. Mantra contredit par la réalité d’un pilotage toujours plus injonctif de l’Éducation nationale. (...)

Devoir constater encore en 2019 que l’éducation à l’égalité entre filles et garçons, entre femmes et hommes, est contestée par la représentation nationale est plus que consternant. (...)

Proposer et intégrer dans le projet de loi que les drapeaux de la France et de l’Union Européenne ainsi que l’hymne national soient affichés dans toutes les salles de classe est problématique à plus d’un titre. Inconséquent de par le coût de la mesure. Inutile ou révélateur d’une conception éculée de l’enseignement et de l’éducation. Depuis quand l’exposition à des symboles assure-t-elle la compréhension, l’intégration des valeurs et principes dont ils sont une représentation matérielle ? »
Catherine Nave-Bekhti, Sgen-CFDT

mercredi 30 janvier 2019

15 mars 2019: des jeunes pour le climat

Dans la foulée de l’appel de la jeune Suédoise Greta Thunberg à faire la grève scolaire face aux urgences climatiques et de l’extinction de la biodiversité, des manifestations ont rassemblé en janvier des dizaines de milliers de jeunes en Allemagne, en Suisse et en Belgique. En France, un collectif d’enseignants lance un appel à soutenir la grève internationale prévue le 15 mars.

affiche_20190315

"Nous appelons tou.te.s nos collègues, du primaire, du secondaire et du supérieur, enseignant.e.s, agent.e.s, personnel administratif… à participer à la grève internationale des étudiant.e.s et des lycéen.ne.s le 15 mars prochain et à reconduire le mouvement jusqu’à obtenir les changements profonds qui s’imposent.

Nous ne voulons plus être les instruments d’une propagande rassurante, qui rend invisible la catastrophe écologique. Nous devons au contraire dire à nos élèves que la situation est gravissime, sur le climat qui s’emballe, la biodiversité qui disparaît, la pollution qui pénètre jusque dans nos cellules, et qu’aucun diplôme ni aucune formation ne les protégera contre cela... Nous devons accompagner nos élèves dans leur mobilisation en cette période cruciale. Si nous voulons limiter l’impact des catastrophes à venir, il nous faut agir."
Signer l'appel.

Le site: enseignantspourlaplanete.com/

Cette initiative a depuis reçu de nombreux soutiens: Nous, les scientifiques, allons aussi faire la grève le 15 mars

Youth for Climate (France)

samedi 15 décembre 2018

Réforme du lycée : le piège

Jean-Michel Blanquer avance masqué ; c'est ce qui en fait le ministre de l'éducation le plus dangereux que l'école ait connu depuis longtemps. Les attaques du ministre concernent tous les niveaux de l'Education (1), mais cet article se centre sur le secondaire.

Tout à commencé par la réforme du bac. Annoncée comme une simplification elle conduit à une effroyable complexification incitant au bachotage permanent. Mais cette réforme ne semble là que pour masquer la réforme du lycée.

Annoncée comme une disparition des filières, la réforme du lycée oblige en réalité les élèves à anticiper leurs choix d'orientation, tout l'inverse de ce qu'on pouvait espérer!

Dès la fin de la classe de troisième, le choix du lycée (tous les lycées n'offriront pas toutes les spécialités) sera déterminant. Le système élimine déjà tous ceux qui ne sont pas à l'aise dans leur expression écrite ; pour cela on utilise la séparation entre lycée professionnel, lycée technologique et lycée général. Deux filtres successifs pour mieux atteindre le but visé. Et pendant ce temps là on déplore en permanence la dévalorisation des études professionnelles sans rien mettre en place pour retourner la situation, cherchez l'erreur...

En fin de première le choix des deux spécialités de terminale, combinés avec le fonctionnement de Parcours Sup verrouille les études supérieures possibles. Dans l'ancien système, au moins dans les textes, on affirmait par exemple la possibilité pour tout élève de S de se diriger vers n'importe quelle formation supérieure et il n'y avait pas de tri des dossiers par les universités.

En supprimant les enseignements scientifiques du "tronc commun", on dévalorise les enseignements littéraires. Un paradoxe sur lequel surfe Jean-Michel Blanquer. A quoi bon se spécialiser dans des disciplines (littéraires) qui n'offrent pas de débouché dans l'enseignement supérieur? Toute la perversité du ministre est d'agir constamment en trompe-l’œil.

Un problème supplémentaire est créé par l'utilisation des mathématiques. Les maths sont bien une spécialité, pour... les mathématiciens. Mais pour les autres métiers et à l'égal du français les mathématiques ne sont pas une discipline comme les autres. Il est impossible de faire l'impasse sur cet outil. Demain, la quasi totalité des formations supérieures longues exigeront des maths. Hors les maths ne sont plus obligatoires à partir de la première. En même temps les nouveaux programmes relèvent nettement le niveau des spécialités mathématiques. Le choix d'un couple de spécialités comme Physique-Chimie et SVT apparait initialement pertinent vu la proximité de ces disciplines et leur heuristique commune dans laquelle l'expérimentation tient une place essentielle (si on met de côté quelques aspects plus historiques de la biologie), mais sans complément mathématique, ce choix apparait inviable.

Cerise sur le gâteau (si on peut dire puisqu'on va dans le mauvais sens), les nouveaux programmes ajoutent à cette régression. De nombreux enseignants dénoncent leur conservatisme dans les disciplines sensibles (Sciences économiques, Histoire). En sciences de la vie et sciences de la Terre le programme n'a jamais été aussi encyclopédique comme si on avait anticipé l'abandon de la spécialité SVT en terminale et voulu caser sur la seule année de première ce qui s'enseignait auparavant sur deux années. La conséquence est une tentative de transmission désincarnée d'une masse de connaissances là où il faudrait développer par une pratique réelle la prise de conscience de la démarche scientifique et de ce que représente la modélisation.

L'école française souffrait déjà de son élitisme (mis en évidence par exemple par l'analyse des évaluations PISA). Les changements proposés ne font qu'accentuer ce défaut. L'avenir est sombre.

(1) Dans le premier degré sa politique vise à favoriser l’enseignement privé (en instaurant la scolarité obligatoire à 3 ans !, à éviter une modernisation des méthodes pédagogiques (en remplaçant le troisième maitre pour deux classes par des dédoublements qui confortent le face à face un maitre – une classe). Cette régression est largement dénoncée par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Lire sur ce blog: Celestin Freinet répond à Jean-Michel Blanquer.
Et aussi:
Monsieur Blanquer, nous ne voulons pas d'une école archaïque (Nouvel Observateur).
La Riposte, de Philippe Meirieu (Le Café pédagogique).
La Riposte, de Philippe Meirieu (Entretien avec Mediapart).

- page 1 de 8