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Toute l'affaire est de savoir avec qui vous êtes et pour qui vous êtes.
Charles-Ferdinand Ramuz, Les signes parmi nous, 1919 (1)

L'heure n'est pas à la polémique, mais cela ne doit pas nous empêcher d'analyser nos actions en temps réel pour les adapter au mieux. Transparence et vérité sont absolument indispensables pour que la mobilisation soit efficace.

Le 26 février le premier français mort du coronavirus est... un enseignant (2). Le même jour Jean-Michel Blanquer affirme que l'Education nationale est préparée «On serait capables de déclencher de l'enseignement à distance massif si ça devait concerner des territoires entiers»

Le 2 mars, le collège de Crépy en valois où travaillait l'enseignant ne rouvre pas (après la fin des vacances de février) (2).

Une folle semaine

Le 9 mars tous les écoles, collèges et lycées des départements de l'Oise et du Haut-Rhin sont fermés pour quinze jours.

Le 12 mars Jean-Michel Blanquer assure sur France Info que «Nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale, de toutes les écoles de France (...) Quand vous fermez les écoles de tout un pays, cela signifie que vous paralysez en bonne partie ce pays» (3).

Le 15 mars
après-midi Jean-Michel Blanquer décider de reporter tous les examens et les concours de recrutement de l'enseignement, après avoir annoncé le contraire dans la matinée (4).

Le 16 mars Emmanuel Macron annonce la fermeture de tous les établissements d'enseignement (à l'exception de l'accueil des enfants des personnels soignants) et le confinement des français (sans en prononcer le mot).

Le 20 mars sur BFM, J.-M. Blanquer se dit attentif à ce que les conditions d'accueil des enfants de soignants soient les "meilleures possibles", mais ces conditions se limitent à des groupes de dix élèves et à du savon ! Pas de liquide hydroalcoolique, pas de masques qu'il prétend n'être «pas utiles».

Où sont les masques ?

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www.freepng.fr/png-jfe8zk/

La responsabilité de la pénurie actuelle semble très largement partagée. On s'étonne quand même du manque de réactivité alors que la gravité de l'épidémie est connue depuis janvier: la cinquième puissance économique du monde est incapable de fabriquer des masques! encore plus grave est le discours confus à leur égard qui a ralenti la prise de conscience de la situation par l'ensemble de la population.

En admettant que l'argument «les masques sont surtout utiles pour les malades qui ne doivent pas transmettre le virus» soit vrai on voit tout de suite qu'il y a une faille: avec 250 morts le 24 mars, en prenant un taux de mortalité de 1%, un délai de 15 jours entre la mort et l'infection, un doublement du nombre de morts tous les trois jours: on calcule 250 x 100 x 25 = 800 000 personnes infectées (et il n'y en avait que 25 000, 15 jours avant) ! On se situe probablement dans une fouchette de 400 000 à 1 600 000 sans compter que le confinement a pu, espérons-le, déjà diminué le nombre d'infections. Ces calculs sont à mettre en regard de 101 046 tests cumulés réalisés à la même date du 24 mars, dont 20 068 positifs.

La seule chose certaine est qu'il existe un très grand nombre de personnes infectées asymptomatiques (qu'on peut aussi appeler plus positivement porteurs sains). Une partie sont guéris et ne sont plus contagieux. Les autres contribuent à véhiculer le virus. (5a). Et comme on est aussi en pénurie de tests d'infection, on voit que la règle "toute personne susceptible de transmettre le virus doit porter un masque" conduit par précaution à faire porter un masque à tout le monde: au travail et dès que l'on sort de chez soi. (5b) (5c) (6) (7)

En 2007 une loi avait créé un organisme chargé de préparer et de répondre aux urgences sanitaires. La menace n'avait pas tardé, mais la grippe A de 2009, due à un virus de la famille H1N1 (comme la grippe saisonnière, la grippe de 1957 et la grippe A de 1918, dite "espagnole") s'est révélée bénigne chez la plupart des malades, à l'exception des femmes enceintes et des personnes en surpoids. Certains supposent que les personnes nées avant 1957, peu touchées, présentaient une certaine immunité naturelle (de plus la France s'est lancée dans une vaccination massive, merci à Roselyne Bachelot). En 2009, un rapport sénatorial, indiquait que l'Etat détenait 723 millions de masques FFP2 et un milliard de masques chirurgicaux, répartis sur différents sites (8).

En 2013, une nouvelle stratégie est instaurée par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Désormais, le stock national concerne uniquement les masques de protection chirurgicaux à l'attention des personnes malades et de leurs contacts, tandis que la constitution de stocks de masques de protection des personnels - notamment les masques FFP2 pour certains actes à risques - est à la charge des employeurs, publics ou privés. Les hôpitaux doivent donc gérer les masques nécessaires à leurs personnels; mais qu'en est-il du ministère de l'Education? Est-ce l'Etat, les Régions, les Départements ou les Communes ?

A Plaintel, dans les Côtes-d'Armor, il existait jusqu'en 2018, une usine de fabrication de masques chirurgicaux. La petite entreprise a été rachetée en 2010 par la multinationale Honeywell. L'entreprise à compté jusqu'à 280 salariés, pour atteindre une capacité de production de 250 millions de masques par an. Mais dès 2011, l'État français ne renouvelle plus ses commandes; sept ans et quatre plans de réduction d'effectifs plus tard Honeywell délocalise la prodution en Tunisie et envoie la plupart des machines chez le le ferrailleur. (7)(10)(12).

On voit là le désastre de dizaines d'années de néolibéralisme et de vues à court terme. Bien entendu personne n'avait imaginé que des enseignants prennent en charge les seuls enfants des soignants pendant que ces derniers travaillent à l'hôpital, et sans masques: une situation susceptible de diffuser le virus chez les enseignants, les enfants des soignants et les soignants eux-mêmes, donc totalement hors de contrôle!

Dans un nouveau rapport publié en 2005 sur le sujet, le Sénat soulignait pourtant que: «la stratégie comporte certaines difficultés liées aux priorités propres des laboratoires pharmaceutiques et à l'évaluation de leur capacité de production dans des délais très courts, dans un contexte où les ruptures d'approvisionnement en matières premières sont de plus en plus fréquentes» (8).

Les humains ne sont pas doués pour comprendre intuitivement ce qu’est une croissance exponentielle. L’augmentation initialement assez lente du nombre de cas peut nous bercer dans un faux sentiment de sécurité et nous faire croire que nous n’avons pas encore besoin de prendre des mesures.

Mais lorsqu’un grand nombre de personnes sont infectées, il est en fait déjà trop tard. Les 3 et 19 mars, le ministre de la santé déclarait devant l'assemblée nationale: «le stock national, en janvier, était nul en masques FFP2 et comptait 150 millions de masques chirurgicaux» et c'est seulement le 3 mars que la production française de masques est réquisitionnée par décret, quasiment un mois après le premier cas de coronavirus détecté en France et le 28 mars l'Etat français commande 600 millions de masques à la Chine; trop tard.

Le 22 mars Jean-Michel Blanquer évoque un scénario de retour en classe le 4 mai après les dernières vacances de printemps. En étant réaliste ce scénario semble improbable parce que la levée du confinement ne peut être que progressive et que les écoles sont un lieu majeur d'interraction dans lequel l'application de mesures de distanciation sociale est impossible et même antinomique de l'école. Il serait sans doute plus urgent de se poser la question du contenu des vacances de printemps. En Chine des écoles ont rouvert le 24 mars, mais pas à Wuhan, le nombre d'élèves par classe est limité et tous les élèves portent des masques... de plus il faut faire la part de la propagande dans les images officielles qui sont diffusées par l'Etat chinois. (11)

Mise à jour du 4 avril

Aux dernières nouvelles, le ministère aurait commandé des masques...
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Masques à l'école; ©Allan Barte

Malheureusement J.-M. Blanquer n'est pas le seul ministre à mépriser les enseignants comme en témoigne la petite phrase de Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, qui le 25 mars, a laissé échappé «Il va sans dire que nous n'entendons pas demander à un enseignant qui, aujourd'hui, ne travaille pas, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser la France entière pour aller récolter des fraises gariguette» (les intellectuels à la campagne, une réminiscence du maoïsme ?). Difficile de travailler moins (efficacement) qu'une porte-parole qui ne maitrise même pas les informations qu'elle est censé transmettre. Aujourd'hui, plus personne ne peut entendre les plates excuses qui ont suivi.

Le 5 mars 2020, elle avait affirmé «Une fois que l'épidémie est installée sur tout le territoire national, ça ne sert plus à rien d'empêcher les enfants d'aller à l'école» des propos similaires à ceux de Jean-Michel Blanquer. Elle utilise d'ailleurs le même style infantilisant que ce dernier, et sur tous les sujets.

Le 26 mars pour détourner une question sur la pénurie de masques elle répond que mettre un masque c'est compliqué et qu'elle même «n'a pas les gestes techniques pour en utiliser un.» Elle prend vraiment les français·es pour...

Continuité pédagogique ou rupture d’égalité ?. pétition pour dénoncer les illusions crées par J.-M. Blanquer.

Non, nous n'étions pas prêts. Coop'ICEM.

Les directives ministérielles. www.education.gouv.fr.

Notes

1 De nombreux romans de Charles-Ferdinand Ramuz sont basés sur des mythes paysans mettant en scène des forces cosmiques, le Bien et le Mal, le jeu entre la vie et la mort. Le plus connu de ces romans est "la grande Peur Dans la montagne" dans lequel il conte l'histoire d'un alpage maudit, où une mystérieuse maladie décime les Hommes et les bêtes.
Jérôme Berney. La Grande Peur dans la montagne de C. F. Ramuz ou la naissance d'une légende.

2 Le collège de Crépy-en-Valois ne rouvrira pas lundi.

3 La fermeture "totale" de toutes les écoles "jamais envisagée" assure le ministre de l'Éducation.

4 Les concours de l'Education nationale finalement reportés. Marie Piquemal pour Libération.

5b Les leçons du 'Diamond Princess'.

5b Sortons tous masqués. Patrice François, professeur au service d'évaluation médicale au CHU de Grenoble-Alpes dans Libération.

5c When should I wear a mask ?. Site officiel du gouvernement de Singapour: Wear a mask if you are out and in close contact with others.
Quand le gouvernement de la cité état (dans une situation bien moins critique que la France par rapport à l'épidémie) change de stratégie par rapport aux masques.

6 George Gao. Not wearing masks to protect against coronavirus is a 'big mistake'. Science.

7 George Gao. Ne pas porter de masque pour se protéger du coronavirus est une «grande erreur». Le Monde.

8 Comment la France est passée d'un stock d'Etat de 723 millions de masques FFP2 à la pénurie. LCI.

9 En 2018, on pouvait fabriquer 200 millions de masques par an en Bretagne. (et sans doute bien plus en cas de nécessité) Reporterre.

10 Honeywell confirme la fermeture de l'usine de Plaintel. Ouest-France.

11 A Wuhan et dans certaines provinces chinoises, la vie reprend doucement son cours. Courrier international.

12 Comment la France a sacrifié sa principale usine de masques basée en Bretagne.

12 Et certains rêvent de rouvrir l'usine de Plaintel (et d'autres). Libération.

12 Pétition pour rouvrir l'usine de Plaintel. Change.org

Should you wear a mask ?. Time.


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